L'interdiction de nommer, et comment reprendre la parole

Jul 27, 2026
 

Cette quatrième semaine de notre « Trousse de secours estivale » constitue le centre de gravité de la série. Après avoir examiné ce qui nous vient du dehors – submersion informationnelle, alarme corporelle entretenue, attaque des liens –, nous regardons comment cette violence s’introjecte et se retourne contre nous-mêmes.

Le procédé commence par le déni du perçu : on nie ce que vous avez vu jusqu’à ce que vous doutiez de vos perceptions plutôt que de la parole qui les contredit. Je m’appuie ensuite sur Gouvernance perverse de Marion Saint-Michel pour nommer l’inversion accusatoire et l’ostracisation. Au cœur du dispositif se trouve la double contrainte de Bateson : une relation dont on ne peut sortir, deux injonctions contradictoires, et l’interdiction de nommer la contradiction. « Protégez vos aînés mais ne les approchez plus. » « Pensez par vous-même mais ne croyez que l’information vérifiée. » « Prenez soin de votre santé mentale pendant que nous produisons à haute dose les conditions qui l’abîment. »

Le piège s’intériorise : le juge extérieur devient procureur intérieur. La sévérité envers soi-même n’améliore rien ; elle épuise. La sortie passe par le refus des termes du piège, le droit de nommer, et quatre antidotes : l’auto-compassion, l’art des bonnes questions, l’acceptation radicale et la bienveillance non comme vertu mais comme stratégie d’auto-préservation. Le vertige ressenti face à la dérive n’est pas une maladie. C’est un organe de perception qui signale une incohérence pathologique réelle – non pas en vous, mais dans ce qui nous est infligé.

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