Ingénierie sociale et vulnérabilité neuropsychologique

Oct 06, 2026
 

La crise sanitaire laisse une question ouverte : pourquoi certains d'entre nous ont-ils échappé à l'hypnose collective, alors que d'autres, non moins intelligents ni humains, y ont cédé ? En 2018, l'Université de Genève consacrait son Dies academicus à Milgram et à l'indépendance de la pensée ; dix-huit mois plus tard, le monde académique se comportait comme sous le maccarthysme. L'ingénierie sociale a fonctionné parce qu'elle s'introduisait dans les esprits.

Les neurosciences montrent où et comment. Mammifères sociaux, nous craignons par-dessus tout le rejet du groupe, nous réagissons à l'inconfort par le stress et nous accordons plus de poids au négatif qu'au positif. Ce ne sont pas des défauts personnels mais des traits de l'espèce, et autant de leviers pour qui veut orienter nos comportements. Nous portons d'ailleurs tous les potentialités de ceux qui ont basculé dans la maltraitance : la psychologue Julia Shaw a montré que le contexte suffit à les activer. Nous avons su quant à nous nous en protéger.

Le changement d'époque accentue la vulnérabilité en question. La modernité repose sur le mythe prométhéen et sur la structure du drame : un problème surgit, on le combat, on le résout. Portée par une vision du monde étroite et paranoïaque, cette logique invente des ennemis et produit des catastrophes, comme la fameuse campagne de Mao contre les moineaux. En fin de cycle, ces valeurs se radicalisent jusqu'au délire, et la crise sanitaire en a été une expression. Avec Michel Maffesoli, je vois dans la postmodernité le passage du drame à la tragédie, qui fait place à l'impuissance et renoue avec la tradition.

Je passe ensuite en revue plusieurs mécanismes : un système de stress mobilisé hors de propos, notre hypersensibilité au rejet, le biais de négativité, le clavier affectif de Jaak Panksepp, où chaque émotion signale un besoin, la captation de notre élan de quête par les réseaux sociaux, et les transes douloureuses, ces empreintes anciennes qui se réactivent et nous poussent à blâmer l'autre. Quelques secondes décident alors de la suite ; c'est l'enjeu de la nepsis, la garde attentive des pensées.

Je termine sur l'humilité, la gratitude, l'émerveillement, la componction d'Isaac le Syrien et le NeuroCoaching evidence-based, qui travaille sur les états plutôt que sur les contenus, avant d'évoquer la parole de saint Porphyre de Kavsokalyvia qui m'a libéré du ressentiment.

 

Thèmes abordés

  • Notre part dans la crise Covid : pourquoi certains ont échappé à « l'hypnose » et d'autres non ; le Dies academicus genevois de 2018 consacré à Milgram, suivi d'un conformisme académique massif.
  • L'épreuve comme moteur de croissance, et la question de ce qu'on souhaite à ceux qu'on aime.
  • Un usage critique des neurosciences : contre le neuro-bla-bla et la promesse prométhéenne, pour une objectivation de phénomènes déjà connus.
  • Récits de l'élévation et de la chute : Genèse, Ovide, Ève mitochondriale et Adam Y ; l'anthropologue analyse les narrations sans décréter le réel.
  • Rétablissement, spiritualité et neurothéologie : Jacques Besson, Newberg et Waldman, signature neuronale propre à l'expérience spirituelle authentique.
  • Fin de la modernité : du drame à la tragédie (Maffesoli, les moineaux de Mao), alliance de la technologie et de la tradition.
  • La part d'ombre : Julia Shaw et le mal ordinaire, Luchini, Louis de Funès sous l'Occupation.
  • Stress et vulnérabilité relationnelle : Sapolsky et les zèbres, l'attention aux sourcils, les prédictions de John Gottman.
  • Biais de négativité et ratio de positivité : l'anecdote de Mark Waldman, la morosité française.
  • Le clavier affectif de Panksepp : émotions comme signaux de besoins, système de quête détourné par les réseaux sociaux, perte du jeu et de la curiosité dans la dépression.
  • Transes douloureuses et nepsis : la fenêtre de quelques secondes, les pensées comme graines, Federer et Djokovic à Wimbledon.
  • Spiritualité non dénominationnelle : la puissance supérieure des Alcooliques anonymes, gratitude (Seligman), émerveillement (Zundel), vulnérabilité (Trungpa), componction (Isaac le Syrien).
  • Humilité, repentir et pardon : l'humilité comme libération de l'humiliation, la prière pour l'ennemi selon saint Porphyre.
  • NeuroCoaching evidence-based : agir sur les états plutôt que revisiter les contenus biographiques.
  • Réhabiliter la tradition : le Moyen Âge caricaturé, une époque que je qualifie de satanique (aide à mourir, attaques contre le christianisme, école).