Affaire Bruel : d'un fait divers à un fait de société
Jun 18, 2026Dans cette émission Éclairage, je propose de revenir sur l'affaire Patrick Bruel, non pour céder au registre du fait divers, mais parce qu'un fait divers qui prend une telle ampleur devient un fait de société, un écran sur lequel se projette ce qui travaille le corps social.
Je commence par rappeler la présomption d'innocence, principe cardinal de notre ordre juridique. J'y adjoins aussitôt un second principe, celui de la probité de la justice, car c'est l'impunité prolongée de certaines célébrités (Poivre d'Arvor, Gérard Miller, Frédéric Mitterrand, Matzneff) qui me semble ici faire problème.
Fidèle à la pensée complexe d'Edgar Morin, je m'efforce de tenir des perspectives qui paraissent s'opposer. Oui, des groupies hystériques se jettent sur les vedettes ; oui, certaines dénonciations tardives peuvent parfois mêler abus subi et espoir déçu. Mais rien de cela n'invalide les témoignages, cohérents, d'un basculement brutal vers la prédation, ni les états de sidération que ce basculement provoque, ni la difficulté propre à la mémoire d'un traumatisme ancien, labile sans être pour autant fabulée.
Je termine sur ce qui me tient le plus à cœur, un paramètre que personne ne cite, celui de la joie. La sexualité est le jeu des adultes ; ce qui distingue le jeu sain de l'abus n'est peut-être pas tant un consentement qu'il faudrait contractualiser que la présence, de part et d'autre, d'une envie joyeuse d'aller plus loin.
Ce critère peut sembler naïf. Il me paraît pourtant plus juste. J'invite à écouter combien la joie est désormais absente de nos discours collectifs sur la séduction. C'est peut-être là quelque chose qu'il y aurait à réfléchir.